João et Maria ont pris leur décision.
Ils vont quitter clandestinement le Portugal et fuir la dictature de Salazar.
Derrière eux, une vie de misère, un avenir sans espoir et une terre qu’ils aiment mais qui ne peut plus leur offrir de lendemain.
Devant eux, la France des Trente Glorieuses. Un pays où l’on dit que le travail ne manque pas, que les hommes courageux peuvent reconstruire leur vie et offrir un avenir à leurs enfants.
Mais pour l’atteindre, un long chemin les attend.
Avec leur fille Valencia, ils devront traverser l’Espagne de Franco, un pays qu’ils ne connaissent pas, où la peur règne encore et où les étrangers attirent les soupçons. Une terre dangereuse où, dit-on, certains disparaissent sans laisser de traces.
Ils avancent pourtant. Parce qu’il n’y a plus de retour possible. Parce qu’il faut fuir. Parce qu’un père et une mère sont parfois prêts à tout risquer pour donner une chance à leur enfant.
Mais ce que João et Maria ignorent encore, c’est que l’exil réclame toujours son dû. Et que le prix à payer peut être bien supérieur à celui qu’ils avaient imaginé.
***
Un si long chemin est le récit d’une famille confrontée à l’exil, au déracinement et à la difficile conquête d’une place parmi les autres. Une histoire de courage, de blessures et d’espoir, mais surtout une histoire profondément humaine sur ce que signifie quitter une terre que l’on aime pour tenter d’en trouver une autre.
Année de sortie : 2026.
Broché, couverture souple, 448 pages
Prix de vente : 18 euros.
Le vent descendait des montagnes du Minho comme une bête sauvage, heurtant les pentes, glissant entre les rochers, puis s’abattant sur les maisons avec une obstination presque vivante.
Accroché aux premières hauteurs granitiques du nord du Portugal, à quelques kilomètres de la frontière espagnole, le village de São Martinho de Castro semblait tenir là par entêtement plus que par logique. Les maisons de pierre sombre s’agrippaient à la pente, comme retenues au dernier moment par la montagne elle-même.
De loin, on aurait dit une poignée de pierres jetées sur la terre, oubliées là par une main indifférente.
L’hiver durait longtemps dans ces hauteurs. Le vent s’engouffrait dans les ruelles étroites, passait sous les portes mal jointes, trouvait sans peine les fissures des murs. Il ne cessait jamais vraiment. Les habitants disaient parfois que même le soleil hésitait à venir jusque-là, comme retenu par le froid.
Les maisons étaient bâties avec le granit arraché aux collines environnantes. Des blocs lourds, sombres, assemblés sans grâce, dont l’épaisseur retenait davantage l’humidité qu’elle ne protégeait du froid. Sur les toits, les tuiles rouges portaient les marques du temps : certaines avaient glissé, d’autres avaient été remplacées par des plaques de tôle ou des morceaux de bois fixés à la hâte.
Quand la pluie tombait, elle trouvait toujours un passage. Elle s’infiltrait lentement, goutte après goutte, jusqu’à atteindre les sols de terre battue ou les planches disjointes, laissant derrière elle une odeur persistante de pierre humide.
À l’intérieur, les familles vivaient souvent dans une seule pièce. Une table massive occupait le centre, entourée de chaises dépareillées. Un lit aux ressorts fatigués était poussé contre le mur, et un poêle en fonte, noirci par les années, tentait de réchauffer l’espace.